Être Aimée

When Harry Met Sally

J’ai pleuré
Je n’ai pas peur de ma tristesse ou de ma peine, et je les regarde bien en face, et je les accueille
Je n’ai pas besoin que tu essaies de me consoler
Je les laisse me visiter, me traverser, comme des vieilles amies familières avec qui j’ai encore du chemin à faire
Je n’ai pas non plus peur d’avoir mal car toute sensation me rappelle que je touche ma vie et je ferai toujours le choix de sentir et plus jamais celui de me protéger

J’ai pleuré hier soir parce que tu sais, ma tristesse a ses heures
Ce sont celles où je choisis de ne pas t’écrire
Celles où je choisis plutôt de sortir dans la nuit et de marcher, boire, danser, m’asseoir dans un bar et dire « Je suis triste » à un visage ami ou à un inconnu
Ma tristesse, je la célèbre, je lui rends hommage, je la fais exister, je la remercie d’être là avec moi
En échange elle me quitte au petit matin en me laissant juste un léger rouge aux yeux et des mots qui ont pu prendre le temps de réfléchir
De savoir quoi te dire
C’est vrai que je passe d’un état à l’autre, partagée par cette fin qui en est une, n’en est pas une, qui continue d’hésiter, d’osciller, de rebondir entre nous d’une variation d’énergie à l’autre, mais qui comporte toujours tellement, tellement d’amour
Je marche et les mots »c’est fini » résonnent et me suivent, je me réveille pour les trouver en train de me fixer depuis la place du lit que tu n’occupes pas
Et pourtant chaque jour je te parle, et pourtant l’échange continue, presque pareil au fond, à cette nuance près
Cette nuance que c’est fini

Tu sembles craindre que je nourrisse de l’amertume
Des regrets
Tu sembles craindre que je ne sois pas capable de voir, moi aussi, la beauté de ce qui a été partagé, et que je m’enterre dans les possibilités avortées
Mais c’est fini, je te le promets : j’ai pleuré
Mes larmes ont tout lavé à grandes eaux

Aujourd’hui restent la nostalgie, mais elle est belle, et les souvenirs
Et toutes ces traces de toi, aussi
Des cartes épinglées à mon mur avec ton écriture qui me souhaite une bonne journée sans discontinuer
Une pile de livres pas encore lus, pas encore rendus
Une chambre préparée pour toi que tu n’auras jamais visitée
Des chansons qui s’échappent en portant secrètement notre histoire
Un renard dans le cœur
Des étoiles qui rient et des champs de blés

Maintenant la vie continue et je ne vais pas t’attendre, mon amour, tout comme tu ne vas pas m’attendre
Je vais reprendre ma route, mon cap, ma lancée
Je vais vivre, je vais batailler, je vais construire mon royaume pierre par pierre, je vais vibrer, me démener, grandir, grandir encore et toujours, à travers chaque épreuve que l’univers voudra bien me jeter, je vais pleurer, danser, aimer, rire, me blesser, tomber, me relever, encore et encore et encore

Et puis, dans le même temps,
Je vais t’aimer
Je vais t’aimer chaque jour
Je vais t’aimer quoi qu’il advienne
Je vais t’aimer dans mes errances et dans mes joies
Je vais t’aimer même dans mes silences, même dans mes absences
Je vais t’aimer quelles que soient les routes que nous empruntions
Je vais t’aimer quels que soient les bras dans lesquels tu t’endors
Je vais t’aimer encore et encore et encore

Parce que tu l’as déjà dit un jour, je ne sais faire que ça
Et c’est très bien comme ça
Ne suis-je pas après tout assez Aimée pour deux ?

De ce qu’il reste y a la nostalgie, et elle est belle, il y a les souvenirs et ils sont beaux, mais il n’y a pas que ça

Il y a la foi, mon amour

La foi que ce n’est pas fini

Ce n’est pas parce que nous changeons que nous terminons, et nous savions tous deux que ce ne serait pas un chemin linéaire
Certains disent que l’amour est une chimère
Pour moi c’est un phénix, et il aura beau se consumer il renaitra toujours sous une forme nouvelle, je le sais
Et je sais qu’on se retrouvera
Peut-être autrement, sûrement autrement, mais quelle formidable aventure
Quelle formidable aventure que d’aller grandir pour te rencontrer de nouveau
C’est pourquoi je ne dirai pas dommage pour tout ce qu’on n’a pas vécu : tant est encore à venir
Je le sais

Alors bonne route, et que ton voyage soit empli de merveilles qui feront briller tes yeux quand plus tard tu m’en parleras

Au revoir mon amour

Et à bientôt

discontinuer

Toi

toi

Maintenant que plus d’un an a passé, je veux enfin te le dire.
Parce qu’il y en a si peu, des traces de nous. Si peu, et je ne veux pas oublier.
Je sais que le temps est comme ces vagues capricieuses qui emportent tout, et je ne veux pas qu’il efface nos souvenirs comme ces empreintes dans le sable.

Je ne veux pas oublier les rires.
Je ne veux pas oublier la tendresse.
Les petits gestes, les petites attentions.
L’intimité.
Tes dons.
Le courage et le soutien apportés à chacun de mes pas vacillants.
La révolution du cœur.
La révolution du corps.

Mais qui dit révolution dit changements, par vagues successives. Qui ont fini par m’emporter. J’ai emporté ma guérison avec moi sur d’autres rivages, et c’est injuste, je le sais.

Je ne peux même plus compter le nombre de fois où tu m’as dit que j’étais belle.
J’ai peur de ne pas te l’avoir dit assez en retour.

Alors voilà: Tu es magnifique.

Ton cœur, ton corps.
Le dessin de tes lèvres, les plis aux coins de tes yeux quand tu souris.
La douceur de ta voix et de tes mains quand tu aimes.

Tu es magnifique.

Merci

 

« Because the next Charlie Parker would never be discouraged. « 

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Mon amie Florence dit souvent que ce n’est pas nous qui choisissons les livres que nous lisons, mais qu’ils viennent nous trouver quand nous en avons besoin. Je suis d’accord.
Il a des livres dont on a entendu parler depuis des années, qu’on nous a conseillés, et dont on a toujours repoussé le moment de la lecture. Sans vraie raison, juste comme ça, parce qu’on ne le sentait pas, parce qu’on avait autre choses à faire, parce que… ce n’était pas le moment.
Des livres aussi sur lesquels on tombe par hasard, parce qu’on les a feuilletés en passant dans une librairie et qu’une phrase nous a accroché l’œil, parce que la couverture nous plaisait.
Certains même qu’on peut trouver oubliés sur un fauteuil de métro ou le coin d’un banc, et que pour une fois on prend le temps de ramasser.
Quelle que soit la raison pour laquelle on se retrouve avec ce livre entre les mains, il y a ce moment où on le lit enfin, et c’est comme si chaque phrase nous était personnellement adressée.
Comme si la personne qui l’avait écrit nous connaissait, et nous parlait à travers ses pages.
Comme si chaque paragraphe était une gifle pour se réveiller ou une étreinte nous disant « tu n’es pas seul(e) ».
Souvent, alors, alors que tant de choses se sentent remuées par cette lecture, on peut se morigéner. « Si seulement je l’avais lu avant. » A tord.
Rien ne garantit que ce livre lu deux ans plus tôt, avec cette trajectoire de vie en moins, aurait eu ce même impact. Il nous parle parce que nous avons eu telle peine de cœur, tel échec professionnel, porté tel projet ou fait telle rencontre qui a nourrit la personne qui aujourd’hui est prête à entendre le message.
Il faut donc faire confiance à ce qu’on appellera selon sa sensibilité le hasard/le timing/la chance/ l’univers/etc pour nous porter au bon moment celui dont nous avons besoin, la bonne œuvre. Si Florence parle des livres c’est parce que c’est pas eux que proviennet ses révélations du moment, mais je crois (et je pense qu’elle sera d’accord) que cette croyance peut s’élargir à n’importe quel support ou même rencontre, à partir du moment où c’est destiné à nous éveiller.
Pour moi, pour éclairantes que puissent être certaines lectures, mes moments « flashs » viennent de films. Je commence à avoir une liste, très courte pour le moment, de films que j’appellerais « coup de poing » et que je suis censée voir ou revoir aux moments où je m’essouffle, où je perds pied. Des films qui me rappellent qui je suis et où je veux aller. Qu’il faut que je pense à visionner régulièrement pour me remettre en selle.
Je sais les reconnaitre en les visionnant par les sensations qu’ils me procurent : une boule d’énergie toute neuve synonyme d’optimisme et d’espoir qui renforce ma détermination, et/ou une grande douleur qui me rappelle que je me suis égarée et que mes renoncements me font souffrir.
Le premier film que j’ai identifié comme tel était « Comment c’est loin » en janvier 2016. Ce film, écrit et réalisé par le rapeur Orelsan, le mettait en scène avec son binôme Gringe. Ils se jouaient eux mêmes, dans une comédie les présentant comme des procrastinateurs incapables de finir quoi que ce soit. Soudain acculés face à l’échéance imposée par leurs producteurs, ils devaient faire le choix d’une fois pour toute se réveiller et se prendre en main, avec toutes les prises de conscience nécessaires pour y arriver, ou de conserver ce mode de vie passif, faussement confortable et sourdement douloureux dans lequel ils se laissaient vivre .
Je me rappelle l’impact de ce film, à un moment où je me débattais avec mes propres échéances alors que, pour la première fois depuis des années, je reprenais une formation et luttais contre mes résistances et ma propre procrastination (très profondément installée). Je voyais soudain un portrait sans complaisance de ce que pouvais devenir, voir de ce que j’étais peut-être déjà, si je ne gardais pas les pieds à l’étrier. Ce film est resté une référence importante, et à compter de ce jour ses chansons (on peut presque voir ce film comme une comédie musicale-rap) se sont mises à tourner en boucle dans ma playlist pour me garder concentrée.
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Pour autant, il n’a pas été suffisant.

Je suis souvent découragée. Malgré des prises de conscience régulières, je perds souvent mes résolutions de vue , parce qu’il est facile de partir perdre ses objectifs à long ou moyen terme de vue dans les tourments du quotidien, dans le concret du court terme qui agite toutes les distractions possible pour détourner du chemin, mettant plein d’autres priorités en scène pour qui se laisse déconcentrer.
Il est facile de partir fort d’un coup, la difficulté est de maintenir les choses dans la durée. Je suis persuadée depuis des années qu’il s’agit d’être un marathonien et pas un sprinter, et que c’est la ténacité qui fait réellement la différence entre ceux qui finissent par tirer leur épingle du jeu et ceux qui abandonnent.
Aussi, un film une fois étant une bonne impulsion pour se relancer en sprint mais pas suffisant pour tenir le marathon, j’en ai croisé d’autres sur ma route depuis.

J’ai rencontré le cinéma de Damien Chazelle.

Je n’ai pas encore vu son premier film, mais pour le moment le cinéma de ce réalisateur fait un écho profond en moi à travers ses films Whiplash et La la land.

La thématique récurrente de Chazelle (avec le jazz) est ce concept du succès par le travail, par l’acharnement, par le sacrifice. Son message est positif… pour les travailleurs, les passionnés.
Pour ceux avec un rêve et prêts à tout pour y parvenir, conscient qu’il va leur en coûter en chemin.
J’ai remarqué deux types deux personnes après les visionnages de ces films, deux tempéraments se dessiner : ceux qui voient les personnages souffrir, et ceux qui les voient réussir. Ceux qui se focalisent davantage sur les sacrifices, et ceux qui se concentrent sur le gain.
Se questionner sur la leçon tiré de ces films permet d’aider à mettre en lumière ses priorités profondes.

Ils ont l’un et l’autre chacun à leur tour sonné comme un rappel à l’ordre pour moi.

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Le visionnage de La la land m’a émotionnellement vidée. J’ai passé les trois jours qui ont suivi l’appétit coupé avec une envie de pleurer permanente. Je venais de me prendre en pleine face l’étalage de mes renoncements et de mes peurs. Je venais de réaliser la profonde trahison commise envers moi-même si je ne rectifiais pas mon cap vite, si je continuais encore à garder ce voile sur mes vrais rêves que j’avais remisés dans un coin parce que les regarder faisait trop mal.
Dans les jours qui ont suivi j’ai renoué avec une partie de moi que je n’assumais plus, et j’ai modifié mes priorités et mes objectifs pour les mois à venir en refaisant une place pour des choses importantes et négligées alors que vitales pour l’âme.

Même si le message concernant la vertu du travail croise celui de « Comment c’est loin », la grande différence est dans le tempérament des personnages eux-mêmes et l’antagonisme qu’ils rencontrent : il ne s’agit plus chez Chazelle de lutter contre soi, il n’est pas question d’auto sabotage. Ses personnages ont dépassé ce stade, et s’ils doivent puiser en eux c’est pour vaincre une adversité extérieure qui leur refuse sa validation. C’est pour réussir à continuer à lutter malgré des non, malgré des portes fermées ou des humiliations, avec comme carburant la conviction que son rêve, son objectif, en vaut la peine.

Le cinéma de Chazelle refuse de se faire une raison. D’abandonner parce que c’est trop dur. Il refuse aussi de faire des concessions et d’arriver à un succès biaisé en ayant vendu une part de son authenticité, comme on peut le voir dans la dynamique des personnages de La la land dont l’expression de l’amour est d’empêcher l’autre de renoncer ou de se trahir dans la poursuite du rêve.
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« You’re a baby » va dire un Ryan Gosling énervé refusant de laisser abandonner une Emma Stone en pleurs qui explique que c’est trop dur.

Ce procès du renoncement, Chazelle le faisait déjà dans Whiplash.
Bien que brillant, le film a d’ailleurs été controversé parce qu’accusé de faire l’apologie du harcèlement moral en montrant qu’il porte ses fruits.
Le face à face entre le jeune héros (Andrew) rêvant de devenir un grand batteur et son professeur tyrannique et manipulateur (Fletcher) s’achève effectivement en apothéose sur le jeune homme ayant atteint un niveau qu’il n’aurait probablement jamais eu si il s’était reposé sur ses acquis et s’il n’avait pas été acculé au point de se dépasser à tout prix.
L’essence du film est explicitée dans un court dialogue en fin de film où, dans une scène plus apaisée, le professeur se justifie de son attitude par sa recherche de l’excellence dans le dépassement.
Et à la question d’Andrew qui questionne son mentor sur la dureté de ses méthodes
« Andrew: But is there a line? You know, maybe you go too far, and you discourage the next Charlie Parker from ever becoming Charlie Parker?
Terence Fletcher: No, man, no. Because the next Charlie Parker would never be discouraged. « 

Les grands ne se laissent pas décourager.
Ils ne se laissent pas détourner de leur chemin.
Et ils ne remettent plus au lendemain.
Voilà les morales de mes films fétiches coup de poing.

Je n’ai pas encore de quatrième film à ajouter à cette liste. Peut-être est-elle déjà suffisante en elle-même en ce qu’elle est complémentaire. Je sais que penser à regarder de nouveau à tour de rôle chacun de ces films peut me permettre de m’auto -évaluer et de savoir où j’en suis.

Le dernier en date était Whiplash, et si à la question « Suis en train de travailler assez? » la réponse est honnêtement non, je ne suis pas pour autant découragée. Parce que la solution est, en fait, très simple.
Il suffit de travailler plus.

La question principale qui se pose maintenant est la suivante :
A quelle catégorie de spectateurs ai-je envie d’appartenir ?

Ai-je envie de me reposer ?
Ou ai-je envie de devenir un prochain Charlie Parker ?

Toi aussi

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On est restés là tous les deux
Sans les autres
Juste nous et le bruit de la rue
À nous scruter derrière nos oreilles de renards

Au début, c’était bizarre, on ne savait plus se parler
Et on disait beaucoup de mots mais qui ne disaient rien

Et puis il s’est allongé sur la table
Si j’avais tendu la main j’aurais pu le toucher

On a arrêté de parler

Il était joli ce silence
Confortable et fragile en même temps
Comme si les ondes de nos présences prenaient le temps de se retrouver
En se frôlant doucement le museau

« Tu m’as manqué Mathilde »

Il a dit en regardant le plafond

Mais j’ai baissé les yeux parce que ses mots me dévisageaient trop fort
Je n’ai rien dit parce que je ne savais pas lesquels voulaient sortir
Parmi tous ceux qui se battaient dans mon ventre
Parce que je ne savais plus ce que je ressentais sur ma chaise devenue trop petite

Les moustaches de ma peur se sont mises à frémir

Alors j’ai commencé à parler

Un peu trop fort
Un peu trop vite
De tout sauf de ce qui comptait

Il a eu le sourire de celui qui sait qu’on l’évite
Et qui reconnait la cachette d’un buisson de mots
Et des oreilles tapies dans l’ombre

Alors on a fait semblant
Et on a redit des mots vides
Le temps de faire comme si
Le temps de se dire au revoir sans que ça fasse malpoli

Dans la rue nos corps ont hésité
Dans le mien c’était toujours la guerre
Quand le sien s’est approché ça a fait comme une grande ombre
Et je ne savais pas si je voulais la fuir ou la saisir

Il a frôlé mon corps crispé et a dit
« À bientôt »
Quand je lui ai répondu ma voix était trop aiguë
Et il était déjà trop loin

Alors je suis partie le pas un peu trainant

J’avais un « Toi aussi » collé sous la semelle.

Stoneberg

stoneberg

Ce matin je me suis levée à 5h. La veille je m’étais couchée bien plus tôt que d’habitude, fatiguée par une journée éprouvante, en me disant qu’à ce stade là je n’allais plus rien pouvoir faire de productif et que ce serait aussi bien de récupérer et de me lever plus tôt pour pouvoir écrire avant d’aller au travail.

En temps normal et jusqu’à très récemment, ce n’est pas ce que j’aurais fait. Je me serais forcée à rester éveillée jusqu’à mon heure de coucher habituelle, par automatisme, et pour ce faire j’aurais enchaîné des activités non productives, j’aurais trouvé un nouveau programme à suivre, une série en cours à rattraper, un livre pas fini, des articles/podcast/meme pour me distraire jusqu’au moment où mon cerveau n’aurait plus pu émettre qu’un brouillard. Puis j’aurais éteint, et je me serais levée difficilement, en grapillant les minutes par séquences de 10, le plus longtemps possible jusqu’à devoir me lever en urgence et me préparer à la va vite avant le travail.
Rien de mal à ça, et je suis en plus la première à plaider que toutes ces distractions ne sont pas réellement inutiles, étant donné qu’elles viennent souvent nourrir un imaginaire, consolider ou amorcer une réflexion, étayer certaines pistes personnelles, etc. Mais ce n’est vrai que jusqu’à un certain point. Ce point étant passé, on entre dans le champ des excuses.
Je n’ai plus envie d’excuses. J’ai envie d’actions. Ce matin quand mon réveil a sonné, j’ai ouvert les yeux, directement alerte, ayant directement à l’esprit les objectifs que je m’étais fixés la veille et qu’il était temps d’accomplir. Je devais faire ma liste de chansons pour Florence, je devais écrire mes articles de blog, travailler sur l’épisode 1 de ma série et entamer mon programme de lettres dont l’idée m’est venue pendant la journée d’hier. Alors je me suis levée, je me suis préparée, et je me suis assise devant mon ordinateur. Et j’ai compris qu’avant toute chose, j’allais vouloir parler de changement.
Je parle de changement depuis mes premiers articles dans ce blog, je pourrais donc avoir l’air de me répéter, tourner en boucle peut-être. Il n’en est rien. C’est le même changement oui, mais qui évolue. La graine qui poussait l’année dernière a germé, elle s’est plantée dans le sol, elle a résisté à de nombreuses intempéries, à la sécheresse de l’été, au gel de l’hiver, et aujourd’hui elle continue de croitre avec des racines bien plus vastes et profondes.
Le changement dont je parlais l’année dernière était accompagné d’un sentiment d’exaltation et de peur, doublé de l’intuition qu’il y allait avoir beaucoup à déconstruire, une multitude de cloisons à abattre, des champs de cadavres à déterrer, ça allait être douloureux, éprouvant, le mot qui venait à l’esprit était « Révolution ».
Le changement dont je parle aujourd’hui est accompagné aujourd’hui d’un sentiment de calme profond, de certitude, de solidité. Il a été fait ce qui devait être, et après tout le processus d’abattage commence la reconstruction de bases infiniment plus stables pour une maison inébranlable. Le mot qui tourne autour de moi est « Confirmation ».
Jamais de ma vie je ne me suis sentie autant dans mon axe. Aussi sereine.
Hier j’ai confié à Florence qu’on l’appelait le bulldozer de cristal, et elle a compris ce surnom, et il lui a parlé. L’énergie et la force motrice doublées d’une non conscience, pour l’instant, d’être aussi forte.
Et puis un autre souvenir m’est revenu en mémoire. Celui où je parlais de Florence avec mon Magicien, et que je lui disais qu’elle m’inspirait, et que j’étais décidée à devenir, moi aussi, un bulldozer. Il a fait une pause, il m’a regardée, et il m’a dit « En fait, je ne comprends pas comment tu fais pour ne pas voir que toi aussi tu es un bulldozer. »
Une autre discussion peu après, il m’a aussi dit  » Si tu te voyais comme moi je te vois, tu pourrais partir conquérir le monde dès aujourd’hui en te disant que tout va bien se passer. »
Il a fini par conclure que, pour Florence comme pour moi, nous avions pris l’habitude pendant si longtemps de nous définir comme fragile que ça nous prenait beaucoup de temps d’assimiler que ce n’était plus le cas. Que ça ne l’avait peut-être jamais été.
Et c’est vrai que c’est du travail de se redéfinir. Arrêter de se dénigrer par automatisme, d’employer des termes rabaissants. Arrêter de se juger. De se jauger à l’aune du fonctionnement des autres. S’accepter, accepter son fonctionnement, se dire que si il est différent il n’est pas pour autant déviant ou déficient mais seulement alternatif, et que c’est très bien comme ça. Embrasser ses particularités, et refuser de dire que ce sont des faiblesses, voir en quoi ce sont des atouts. Se comprendre, se redessiner selon ses propres règles, et reprendre le contrôle de sa vie avec un mode d’emploi peut-être différent de celui des autres, mais super fonctionnel pour soi.
Accepter d’être forte, et tout ce qui vient avec, et les nouveaux challenge que ça implique.

Quand j’ai ouvert les yeux ce matin, j’avais une image en tête. Celle d’un iceberg de roche. Un stoneberg, du coup, j’imagine. Je fais confiance à mon subconscient maintenant, et je prends chaque image qu’il me donne, et en réalité il est assez coopératif et plutôt facile dans ce qu’il me donne à déchiffrer.
Je suis ce gros bloc de granit qui ne demande qu’à émerger, et je dois faire découvrir les 90 pour cent de moi qui étaient jusque là cachés. Et je ne fondrai pas, parce que je ne suis pas de ce matériau fragile là.

J’étais une personne avec une liste de rêves, et maintenant j’ai une liste d’objectifs.
Alors je vais terminer ce billet, aller au travail, puis m’atteler à, lentement, petit à petit, cocher chacun des objectifs de cette liste. Et à la fin ils formeront un grand rêve.
Et je ferai tout ça en musique avec ma playlist de vie, celle que je vais envoyer à Florence et dont je parle dans l’article prochain.

Bonne journée

Sweet fifteen

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J’ai quinze ans.
Il y a cinq ans, j’avais dix ans. Dans cinq ans, j’en aurai vingt.
Je suis quelque part, perdue à mi-chemin, et j’oscille entre les rôles sans trouver le mien.
Les jeux de mon enfance m’ont désertée. Les arbres ne me parlent plus.
Autour de moi, les autres avancent. Ils parlent de vies à venir. Ils se projettent.
Moi je n’ose pas. Sous mes yeux la page à venir reste désespérément blanche.
Il y a des rêves, mais ils sont enfouis profondément, endormis sous la couche de cendre des peurs.
Et puis je ne sais pas parler. Je n’ai pas de mots. Je n’ai pas de voix.
Parfois j’ai cette boule qui remonte dans la gorge, un trop plein qui demande à sortir dans un cri.
Mais je n’ose pas.
Alors je mets de la musique, fort, et elle crie pour moi. Je m’allonge sur mon lit, je ferme les yeux, et je laisse la déferlante de sons noyer l’absence des miens.
Dans moins de deux ans, quand ce sera devenu insupportable, je m’ouvrirai le corps et je crierai par la peau.
Mais je n’en suis pas là. Pas encore.
Parfois j’ouvre les yeux, je fixe le plafond et je rêve qu’il s’ouvre et que je suis propulsée dans le ciel dans une chute inversée qui ne s’arrêtera jamais. Je rêve aussi qu’il ne s’ouvre pas et que sous le choc je suis réduite en un amas de chair sanguinolente qui cesse enfin de ressentir.
Je voudrais m’envoler ou m’éteindre.

J’entends dire que j’ai le plus bel âge. Que je devrais en profiter. Que je devrais être heureuse et insouciante.
Je ne sais pas comment faire. Je regarde faire les autres et je ne comprends pas.
A la fenêtre de ma chambre il y a des barreaux, et parfois je rêve que je suis prisonnière et que j’attends ma délivrance. Mais personne à mon horizon excepté les arbres dont je n’entends plus les secrets.

J’attends ma délivrance.

J’attends quelqu’un, quelque chose, j’attends ce qui me donnera le sens.
J’attends qu’on m’apporte des réponses aux questions que je ne sais pas formuler.

Chaque jour les barreaux grandissent, la cendre s’étend, le plafond se rapproche.
Et j’attends.
On m’a dit que les héros finissent toujours par arriver dans les contes.

Alors dans moins de deux ans je suivrai Barbe Bleue.
Dans moins de deux ans je croirai m’envoler et j’irai m’éteindre.

Mais je n’en suis pas là. Pas encore.

Je suis allongée sur mon lit, j’écoute crier la musique.
Et j’attends que passe le plus bel âge.

Lettre ouverte à l’Oppresseur

evey

Je n’avais pas prévu de faire cet article.
En fait, à la base, j’avais prévu un article de joie.
Un article qui parlerait d’aujourd’hui. Je l’avais vraiment visualisé, je savais ce que j’allais dire. Quelque chose sur les nouveaux départs, encore, qui fasse écho au nouvel an et aussi à l’article de l’année dernière, parce que j’aime bien les choses qui se répondent.
Cet article, je le ferai aussi. Plus tard. Après celui-ci.
Si il y a quelque chose de bien tangible que m’a apporté l’écriture, c’est la libération de la parole, et la libération de moi. Et elle ne peut qu’aller croissant. Les choses sortent. Et je pense maintenant que pour engranger toutes les choses belles et merveilleuses qui m’attendent, celles que j’aperçois déjà sur mon chemin, je dois vider mon sac. Pour de bon.

Je dois te parler.

Cette lettre est pour Toi.

J’ai pensé à Toi aujourd’hui. J’ai pensé au fait que je ne pensais plus à toi tous les jours, mais encore trop quand même. Parce que même si elles se raréfient, chaque pensée pour toi est une pensée de trop. Je me suis demandé si ce serait comme ça toute la vie.
J’ai encore le souvenir de ces jours où la pensée de toi me hantait tout le temps, partout. Quand l’idée de toi me suivait comme mon ombre, s’infiltrant partout, me glaçant le sang, me serrant le cœur.
Je me rappelle la peur, tu vois. La peur.
Permanente.
Je me rappelle quand je rasais les murs, quand je mettais une grande capuche pour passer dans ton quartier et que je changeais ma démarche, terrifiée à l’idée que toi ou un de tes amis me reconnaisse. Je me rappelle la terreur à chaque fois qu’une silhouette ressemblait à la tienne au détour d’une rue, pendant quelques fractions de secondes bien trop longues. Je me rappelle qu’à chaque voiture qui ralentissait, j’imaginais une vitre qui se baissait, le bruit d’une balle, la fin de ma vie. Dans mes peurs et dans tes mots je me suis vue mourir, encore et encore.
Tes mots. Tes mots qui tournaient dans ma tête. Ceux qui me disaient que je ne pouvais pas partir. Que je n’en avais pas le droit. Que je n’étais rien sans toi. Que tu me détruirais. Que je ne pourrais plus vivre ni ici ni ailleurs, que tu me retrouverais toujours. Que si je te quittais je n’existerais plus. C’étaient les mots de la colère. Il y avait aussi les mots poisseux. Ceux qui se faisaient doucereux et essayaient de me ramener à toi avec mille promesses, avec mille excuses, qui rampaient sur moi comme une grande main visqueuse qui voulait m’empêcher de retrouver mon air. Qui me rappelaient que personne ne m’aimerait jamais comme toi tu m’aimais.
Et bien pour ça tu avais raison. Personne ne m’a aimé comme toi depuis. Et j’en suis bien heureuse.
Aujourd’hui je connais des amours magnifiques, qui se déversent sur ma vie comme des puits de lumière, qui illuminent tout et rendent beau même ce que je prenais pour des coins d’ombre.
C’est grâce à ça qu’aujourd’hui je peux ouvrir la porte sur le passé et le regarder bien en face. Et que je peux faire une déclaration de colère.
Je suis en colère contre toi, contre ce que tu m’as fait.
Je suis en colère d’être encore incapable de répondre au téléphone les mauvais jours, ou si je ne connais pas le numéro. D’être figée par la peur si une sonnette se fait entendre, parce que je t’imagine à la porte.
Je suis en colère parce que j’ai réalisé aujourd’hui que si j’avais aussi peur de réussir, c’est parce que j’avais peur d’une visibilité qui me rendrait d’un coup plus facilement retrouvable pas toi.
Je suis en colère à la pensée d’un temps considérable perdu, au fait que je commence seulement à reprendre le contrôle. Suite à toi j’ai changé de ville, j’ai changé de vie, j’ai changé de corps, et ce n’est que maintenant que je peux me retourner et regarder sans souffrir les pans de vies possibles et que j’aimais anéanties dans la fuite de toi et de ce que tu m’avais fait.
Je suis en colère à la pensée que je ne suis pas la seule. Je connais ces autres vies que tu as laissées malades dans le sillon malsain que tu sèmes.
Je suis en colère de me sentir coupable alors que je sais bien pourtant maintenant que le coupable ici c’est toi.
Mais je repense aussi à tes yeux jaunis, aux monceaux de bouteilles vides, aux boîtes de médicaments, à ta diction pâteuse, à ta démarche titubante et à la pitié que tu inspires, et je me dis qu’en fin de compte la personne que tu blesses le plus et depuis le plus longtemps, ça reste toi. Et je crois que la pensée de toi me rend surtout, en réalité, immensément triste. Je ne te souhaite pas de malheurs. Puisses-tu guérir. Sincèrement.

En attendant moi je me suis reconstruite, et je reconstruis ma vie, et je t’écris ici que je ne veux plus avoir peur. C’est fini. Je ne veux plus être en colère. C’est fini.
Je vais poster cette lettre, et je vais fermer le livre, et je vais enfin pouvoir ouvrir le nouveau. Celui qui m’attend, juste à côté, qui est plein de belles choses, et de gens que j’aime, et de personnes superbes et puissantes. Parmi elles, les autres que tu as abîmées, et qui travaillent aussi à leur reconstruction. Nous allons nous y atteler ensemble, et construire le plus beau des royaumes par dessus tes ruines.

J’en suis sûre. J’y veillerai.

Parce que grâce à tout ça je suis devenue plus forte que tu ne le seras jamais.
Tu as fait de moi une survivante.
Mais je ne te dirai pas merci.