27

27-Club

Je ne ferai définitivement pas partie du club des 27.

Ces âmes brûlées par la vie qui se sont consumées, consumées jusqu’à s’éteindre si tôt, toutes auréolées de leur gloire d’immortels jeunes à jamais.
Ceux qui ont brûlé si vite, qui ont créé tellement en si peu de temps, qui ont tout fini à une époque où pour moi tout commence.

Pendant quelques instants, j’ai eu la sensation d’avoir échoué. D’avoir perdu au grand jeu de la vie. J’atteignais 27 ans et je n’étais personne. Si je mourrais maintenant, personne pour se souvenir passé, allez, une génération. Rien de mémorable d’accompli, rien à laisser derrière. Le vide. Une existence de blocage et de procrastination. D’excuses et de renoncements.
Sous le prisme de la grandeur des Idoles, j’effaçais tout le reste, tout ce qui avait été accompli. Les petites batailles, les petites victoires, les petits textes et les petits projets. Le compte à rebours était terminé et la gloire n’était pas atteinte, la consécration était à tout jamais un projet mort né, bienvenue dans le club des losers improductifs et imprécoces.

Et puis j’ai repensé à ma sœur.

Il y a cette fille si belle que je connaissais et qui est morte cet été. Plus vieille que le club des 27, plus jeune que Jésus. Rock star et messie pour personne. Sauf pour moi, un peu, à une époque. Totalement chamboulée à l’annonce de son décès, j’en avais parlé à ma sœur, et pour lui expliquer mon émotion je lui avais rapporté à quel point je l’admirais, à quel point j’avais rêvé d’être comme elle, rêvé d’être elle.
« Oui, et bien vu là où tu es et où elle est maintenant, c’est peut-être elle qui aurait dû rêver d’être comme toi non ? »
Ma sœur n’a pas toujours la délicatesse qu’on pourrait attendre de certaines circonstances, mais on ne peut pas lui nier une certaine forme de lucidité efficace quand elle n’est pas dans l’affect.
C’était brutal mais c’était vrai. On n’envie souvent pas les bonnes personnes et pas pour les bonnes raisons.
Cette superbe fille rock’n’roll que j’admirais était morte à peine la trentaine effleurée d’une overdose d’héroïne, et derrière la surface glamour qui avait fait rêver et complexer la moi post-pubère en mal de repères et d’icônes il y avait ce désespoir qui avait tué à petit feu jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Moi, j’étais en vie.
Moi, je suis vivante.

J’ai 27 ans et je suis vivante. Et plus que jamais.
Au jeu de la vie, je gagne. Je suis toujours dans la partie.

20 ans reste l’âge où j’ai eu le plus la sensation de tout perdre. Toute une vie. De quitter les rails et dériver longuement, pour un voyage qui n’allait retrouver de semblant de direction qu’aujourd’hui, sept longues années plus tard. Sept ans. C’était vertigineux.
Longtemps j’ai eu la nausée. Sept années perdues, gâchées. Une portion énorme de jeunesse. Chaque année de plus qui s’écoulait était une année gaspillée tant que je n’avais pas retrouvé le cap.

Aujourd’hui, le fameux cap retrouvé, je peux cartographier différemment ces sept années d’errances. C’était les années de (re)naissance et d’éducation. 20 ans, 27 ans. 7 ans. L’âge de raison. Quelque chose est vraiment mort cette année là. Une fille qui était trop fragile. Pas destinée à survire à la route. Quelque chose est né cette année là. Une fille vouée à devenir plus forte, plus rusée, plus adaptée. Elle ne connaissait plus rien. Elle a dû tout réapprendre.
Sept ans plus tard arrive enfin une année où tout se reconnecte. Profondément. Tous les poumons s’ouvrent et aspirent l’oxygène, l’énergie re-circule, les vieux visages se refondent dans les nouveaux, toutes les vies s’alignent et tout fait sens.

Je suis contente que ça coïncide avec cet âge si symbolique, de redevenir opérationnelle pile l’année où s’envole l’idée du « club des 27 ». On jette une dernière vieille relique obsolète à la mer, un dernier vieux symbole dénué de sens une fois qu’on regarde ce qu’il veut vraiment dire et ce qu’il implique pour être réalisé.
Je ne veux pas d’un parcours éclair torturé et d’une mort précoce. Je veux une longue vie pleine de bosses et de cahots, d’aventures et de leçons, de galères et bonheurs, de moments forts.
J’ai 27 ans, je suis une enfant à peine raisonnable, j’ai seulement appris à me relever et à mettre un pied devant l’autre et maintenant je commence à avancer en titubant; j’ai encore une route immense à parcourir, un travail immense à produire, des bonheurs immenses à connaître.
Je ne suis même pas à la moitié de ma vie, peut-être à peine au tiers.

Quel bonheur de ne pas faire partie du club des 27.
Je ne sais pas où je vais, et peut-être qu’en fin de compte j’irai me perdre on ne sait où et qu’on pourra dire d’après certaines check-lists que j’ai raté ma vie, mais je vais bien faire en sorte d’être sûre que je n’aurai pas raté la vie.

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2 commentaires sur « 27 »

  1. A reblogué ceci sur Eric Costaet a ajouté:
    Et vous, ferez-vous partie du club des 27 ?
    Je partage avec vous ce billet de Mathilde Aimée, une poly artiste qui lutte et qui avance. Elle nous parle ici de vulnérabilité, elle se dévoile, s’assume, je trouve ça beau, tout simplement 😉

    J'aime

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